L'affiche de 1965

L'affiche de 1965

ou « la première fois » du candidat François Mitterrand

à la présidence de la République

 

Cette affiche du candidat François Mitterrand à l'élection présidentielle de décembre1965 a été abondamment commentée. Face aux affiches en quadrichromie de De Gaulle et au merchandising de Lecanuet, les historiens ont retenu les contraintes budgétaires du candidat « unique de la gauche », sa réticence devant le marketing politique, le sérieux de sa pose devant l'objectif (pour incarner la fonction), son col de chemise mal repassé, le peu d'imagination de sa composition (un photomontage). On a oublié les centaines de milliers de cartes postales avec le portrait du candidat, en couleur et en noir et blanc, les portes-clés « Mitterrand » diffusés lors des meetings, ou l'affichette « Ne vous fâchez pas. Votez Mitterrand » glissée sur les pares-brises des voitures.
 
Deux affiches « officielles » en noir et blanc imprimées le plus souvent sur un papier jaune, parfois blanc, avec le même visuel seront collées. Aucun logo de parti, même pas de la FGDS créée à cette occasion, c'est à un homme que les partis de gauche avec dans l'ordre la SFIO, le PCF, puis le PSU, se sont ralliés entre septembre et octobre 1965, sans accord d'appareil. Sur l'affiche du premier tour François Mitterrand est le « candidat unique de la gauche », sur celle du second (reproduite ici), « le candidat des républicains ». Il s'agit désormais pour lui de rassembler au-delà de la gauche et d'insister, en bas de l'affiche, sur ce qui le distingue de son adversaire : « un président jeune pour une France moderne ».
 
À l'époque personne ne s'étonne du poteau électrique en plein champ au premier plan, et du paysage industriel à l'horizon, avec ses cheminées fumantes, comme symboles de la modernité en marche. D'autant que la vraie nouveauté de cette campagne, c'est la télévision. Ces deux affiches ne s'inscrivent pas dans les évolutions récentes du marketing politique.
 
Cependant, dans sa composition, et les leçons tirées de la « première fois », cette affiche n'est pas sans écho, nous semble-t-il, avec celle devenue iconique de la campagne de 1981. Même genre de montage avec le visage à peine souriant du candidat au premier plan regardant cette fois le spectateur-électeur, avec derrière lui un paysage de la France, clairement rurale cette fois, avec son clocher à la place des cheminées d'usines. Mais l'ancien est modernisé, avec la quadrichromie, une économie de mots, trois pour le slogan « La force tranquille », et moins une présentation du candidat qu'une évidence affirmée en deux mots : « Mitterrand Président ». Cette fois, le visage du candidat est passé du côté gauche de l'affiche mais son regard penche toujours légèrement vers la gauche. En 1988, il ne reste plus que le profil du candidat de la « France unie », sur le côté gauche de l'affiche, portant cette fois son regard sur la droite. Une épure. Un chemin. La première fois appartient désormais au passé.
 

Frédéric CÉPÈDE

Office universitaire de recerche socialiste

 

 
Notes de bas de page