"Contre ce crime!"

« Contre ce crime ! » (1958)

89FI/202 - Droits réservés - Coll. Archives du PCF/AD93

 

De petit format (30x20cm), facile à coller sur le moindre poteau ou pilier, à l’instar de la plupart des affiches éditées par le PCF de juin à septembre 1958, celle-ci doit sa notoriété ultérieure à son expressionnisme graphique. Au centre, un bonnet phrygien rouge, symbole de liberté et d’égalité, est transpercé en diagonale, à l’endroit même de la cocarde, par une baïonnette, référence historique aux coups de force depuis la réplique de Mirabeau, le 23 juin 1789. Le dessin n’est pas sans rappeler le célèbre photomontage pacifiste de John Heartfield, Niemals Weider! (1931), sur lequel une arme identique immolait une colombe. L’ignorance du nom de l’auteur, familier des techniques picturales de composition, ne permet de certifier une possible source d’inspiration. Quoi qu’il en soit, à la différence des placards de la période, qui privilégient de courts textes-slogans, souvent exclusifs, l’écrit est repoussé vers le haut et le bas en bas de l’affichette. Il procède de l’alerte de ton hugolien – « contre ce crime ! » - et de l’injonction – « Non au référendum ».
 
L’inscription « pouvoir personnel » sur la lame identifie la menace au risque de surcharger le message. L’expression figure en bonne place parmi les qualificatifs en usage, depuis 1946, au PCF à l’encontre des objectifs institutionnels du général de Gaulle. Elle n’est pas la plus dure d’un répertoire qui, sur d’autres affiches, dénonce le « fascisme » ou la « dictature ». Loin d’être spécifiquement communiste, on la retrouve de non moins longue date sous la plume de socialistes et des nombreux républicains pour lesquels il n’est pas de République sans prééminence du Parlement. Marquée à gauche, au même titre que le fut longtemps l’opinion républicaine, c’est cette dernière que ciblent ici les mots, l’image et l’habile agencement des trois couleurs. Discrète, la signature « Parti communiste français » s’efface sous la priorité de l’heure : le rassemblement autour du « non ». Sévère, la formule ne contraste pas moins avec la violence du « crime » représenté. Tout bien considéré, ce dernier renvoie davantage au 13 mai algérois et à ses suites, la fin de la IVe République sous la menace d’une prise du pouvoir de l’armée en métropole, qu’à la campagne contre le renforcement institutionnel de l’exécutif. Il est vrai que le Parti communiste affirme que la « Constitution gaulliste assassinerait la République » (Appel au Peuple de France, 17 juillet 1958). Précision qui a son importance quant à l’écho probable de l’affiche, si les grandes lignes de la constitution ne font pas de doute, le détail de son contenu ne sera pas connu avant la seconde quinzaine d’août. De ce point de vue aussi, l’affiche témoigne de décalages persistants, en cet été 1958, entre la propagande d’un PCF unitaire, mais isolé, et la perception des enjeux référendaires par le gros de la population. Le verdict du 28 septembre sera douloureux. 
 

Michel Pigenet

Professeur émérite d'histoire contemporaine, université Paris 1

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