" Mort pour la cause du peuple"

Pierre Overney, mort pour la cause du peuple.

 

Au début de l’année 1972, trois des militants d’un Comité de lutte ouvrier de Renault-Billancourt ont été licenciés ; ils ont décidé d’entamer une grève de la faim à proximité de l’usine, dans une caravane, puis à la suite d’une intervention policière, dans le presbytère de l’église voisine. Parallèlement, l’organisation maoïste de la Gauche Prolétarienne a engagé une campagne contre les assassinats racistes ; aussi convoque-t-elle une manifestation le vendredi 25 février au métro Charonne. Il s’agit de faire nombre là-même où la police a massacré en février 1962 huit personnes.
 
Le militant Pierre Overney, ce vendredi de février, est devant l’usine pour distribuer un tract appelant à manifester. Après des études interrompues, il est monté à Paris, a travaillé aux usines Citroën de Javel puis, à peine libéré de ses obligations militaires, s’est fait embaucher chez Renault à Billancourt. Là, il a rencontré des militants de la Gauche Prolétarienne établis dans l’usine et, au fil des jours, est devenu très proche de ce groupe hétéroclite qui réunit aussi bien des travailleurs immigrés que des étudiants en philosophie militants. Avec les maos, il vend la Cause du Peuple. Mais la direction de la régie nationale a repéré Pierre et le licencie.
 
Ce matin du 25 février, devant la citadelle de Billancourt, un vigile payé par Renault lui fait face armé d’un revolver ; il fait feu. Un photographe de la jeune agence de presse libération (APL) photographie toute la scène jusqu’au terrible portrait mortuaire de Pierre Overney.
 
Á la Gauche Prolétarienne, la nouvelle glace les militants. Pierre ne sourira plus. On n’entendra plus son grand rire franc. Le chef du groupe, Alain Geismar, décide de réagir avec calme et d’éviter une réponse violente. Les photographies prises sont désormais une arme contre le pouvoir ; les clichés sont montrés au journal télévisé du soir. La France découvre l’assassinat de l’un de ses jeunes gens. En hommage, deux peintres, Merri Jolivet et Gérard Fromanger peindront son portrait à partir des photographies. Mais, lors des obsèques, dans l’imposant cortège qui accompagne la dépouille de Pierre Overney à travers Paris, c’est un autre portrait photographique du jeune homme que les militants portent à bout de bras, celui d’un Pierre vivant ; La Cause du Peuple/J’accuse, dans un numéro special, a publié pour l’occasion en double page un portrait souriant d’Overney, accompagné des mots “Mort pour la cause du peuple”, faisant d’un journal une banderole à brandir ou une affiche à placarder.
 

Philippe Artières

Institut interdisciplinaire d'anthropologie du quotidien - CNRS/EHESS