"17 Octobre - Pour la Paix en Algérie"

"Pour la paix en Algérie"

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Dans l’histoire, chaotique et parfois semée de virages contradictoires, des engagements anticolonialistes du PCF, on peut distinguer quatre grands combats : la lutte contre la guerre du Rif (1924-1926), la protestation contre l’Exposition coloniale de 1931, la dénonciation de la « sale guerre » d’Indochine (1946-1954), enfin la lutte contre la guerre d’Algérie (1954-1962).
 
De ces quatre moments, le dernier fut sans aucun doute, pour la mouvance communiste, le plus difficile à aborder. D’abord parce que, en 1954, le PCF partait de loin. Contrairement à leurs camarades d’outre-Méditerranée, plus près par définition des réalités du pays, les communistes de France, en 1954, en étaient restés à un schéma théorisé par Maurice Thorez en 1939 : l’Algérie est une « nation en formation (…) dans le mélange de vingt races », parmi lesquelles les Arabes et les Kabyles, certes majoritaires. Schéma qui avait le mérite d’évoquer une « nation » algérienne, même en gestation, mais qui était, dès sa formulation, en décalage avec les aspirations profondes des masses musulmanes. Par ailleurs lorsqu’éclate l’insurrection, le PCF est dans la méconnaissance totale de la nature d’une organisation qui vient de naître, le Front de libération nationale (FLN). Suit une période de défiance à l’égard de ces nationalistes inconnus, de flottements dans l’analyse, notamment sur l’utilisation du terme « indépendance », rarissime (mais pas absent) durant les premiers mois. C’est en fait au début de l’été 1955 que ce mot investit progressivement le vocabulaire communiste. Vient alors, immanquablement, une question : qu’en faire ? Il y a là un choix, non pas stratégique, mais tactique : en une période où l’immense majorité des Français – et probablement une partie non négligeable de l’électorat communiste, alors massif – continue à penser que « l’Algérie, c’est la France », il est considéré comme politiquement plus mobilisateur de mettre l’accent sur « Paix en Algérie ». Au sein de la population, la préoccupation première – unique pour certains – est de préserver la vie d’un fils, d’un mari, d’un neveu, parti « là-bas ». Il faut que la paix épargne ces vies. Le sort des Algériens, l’avenir de l’Algérie, ne viennent, ne peuvent venir dans les conditions de l’époque, qu’en second lieu… quand ils viennent. 
 
Cette affiche, datée d’octobre 1957, a été émise à l’occasion d’une « grande journée nationale de lutte », qui ne fut grande, tous les témoignages en attestent… que sur les affiches ou dans L’Humanité. En fait, ce fut un fiasco.
 
On aura compris, en le voyant que l’intérêt de ce document ne réside pas dans la forme, traditionnelle de façon exaspérante. Mais le contenu est intéressant : « POUR LA PAIX EN ALGÉRIE » est en gros caractères, comme pour accrocher immédiatement le regard du passant. Mais cette paix n’est possible que « par la reconnaissance au peuple algérien du droit à l’indépendance ». Comme un raccourci de la problématique exposée supra.
 
Il faudra attendre encore cinq années pour que ce qui nous paraît aujourd’hui évident, l’indépendance de l’Algérie, devienne une réalité.

 

Alain Ruscio

Historien spécialiste de l'histoire coloniale française