"Paix au Vietnam"

"Paix au Vietnam. Halte à l'agression américaine. Droit pour le peuple vietnamien à fixer son destin – mai 1967."

Paris Province Impression (PPI) -

89Fi/334 Droits réservés - Coll. PCF/AD93

 

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Cette affiche du Parti communiste français, datant de mai 1967, est un montage d'une photographie prise au Vietnam à une date inconnue, dont l'auteur comme le graphiste sont anonymes. Elle témoigne tout autant de la médiatisation d'un conflit international (cf. le globe terrestre) qui passe de plus en plus par l'image (photographie ou reportage avec plus de 4000 reportages américains sur l'ensemble de la période), que de la transformation de l'affiche de l'illustration à l'affiche photographique dans cette deuxième moitié du XXe siècle.
 
Elle s'inscrit dans le contexte de l'opposition communiste à la guerre du Vietnam, qui prend la suite de l'opposition à la guerre d'Indochine. Ainsi, on retrouve ici plusieurs thèmes classiques de ce contexte de Guerre froide : l'anticolonialisme avec la notion de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, devenu ici le « droit du peuple vietnamien à fixer son destin » ; l'impérialisme américain désigné dans le slogan : « Halte à l'agression américaine » ; la paix enfin, largement instrumentalisés par le PCF, à travers le titre principal de l'affiche.
 
Au printemps 1967, la guerre du Vietnam est à un tournant. L'armée américaine s'est engagée de plus en plus massivement dans le conflit. Sa politique de contre-insurrection, qui s'enlise, s'accompagne de bombardements massifs touchant des populations civiles. Partout dans le monde, la guerre suscite de plus en plus de critiques et devient de plus en plus impopulaire aux États-Unis même. C'est l'année où une majorité d'Américains bascule dans la réprobation du conflit.

En France, cela passe par une mobilisation captée en particulier par la jeunesse et par la création de différents comités pour le Vietnam.

Les premières réactions, au printemps 1965, viennent d'intellectuels et d'universitaires. Cette année-là, la gauche communiste groupée autour du Mouvement de la Paix, exerce quasiment un monopole dans la lutte pour la cause vietnamienne, avant que des initiatives viennent des milieux de la gauche chrétienne, puis de l'extrême gauche. Fin 1966, dans les milieux trotskistes, est créé le Comité Vietnam national, qui rassemble des personnalités et beaucoup d'étudiants et de lycéens. Les Comités Vietnam de base, fondés début 1967, regroupent eux des militants maoïstes, avant que le PCF ne réagisse au début de 1968, en créant le Comité national d’action pour le soutien et la victoire au Vietnam. La date du 21 février 1967 marque un temps fort de la lutte contre le colonialisme et l'impérialisme occidental, toute la gauche révolutionnaire appelant à se mobiliser.

Le mot d'ordre « Paix au Vietnam », propre aux slogans du Mouvement de la paix (troqué l'année suivante pour celui, plus combatif, de « Victoire au Vietnam ») est présent dans une affiche qui joue avant tout sur le registre de la compassion, en montrant une mère affligée tenant dans ses bras ses deux jeunes enfants. La photographie, jouant sur une représentation classique d'une maternité qui s'inscrit dans l'histoire de l'art, rappelle aussi étrangement à nos yeux contemporains, les images de la Mère migrante de la Grande Dépression américaine, prises par Dorothea Lange en 1936.

Cette représentation, qui sous-entend que l'ensemble du peuple vietnamien est victime de l'agression américaine, offre une vision manichéenne d'un conflit dont les acteurs sont non seulement la République démocratique du Vietnam (Nord) et le Front national de libération du Sud Viêt Nam communiste d'un côté et l'armée américaine de l'autre, mais comptent également la République du Viet Nam dans le Sud d'un pays où « le peuple vietnamien » est en fait profondément divisé.

Enfin, si la couleur rouge attitrée au PCF est tout à fait logique, le reste des couleurs utilisées peut être analysé de différentes façons. Le jaune et le rouge, couleurs du drapeau du la République démocratique du Viêt Nam (étoile jaune sur fond rouge), sont aussi les couleurs du drapeau de la République du Vietnam au Sud jusqu'en 1975. Le fond jaune est ainsi la couleur de la terre ancestrale (épis d'or des rizières) et du métal précieux, tout autant qu'elle rappelle le passé impérial et l'indépendance. Le rouge (trois bandes dans le drapeau de la République du Viet Nam) est lui le symbole de l'unité des trois grandes régions du pays, retrouvée depuis l'indépendance de 1954, tout en représentant la richesse. Le brunâtre, assimilable à la terre où coulerait un rouge synonyme de sang, est aussi utilisé traditionnellement en lien avec le bouddhisme.


Rachel Mazuy

Historienne, chercheuse invitée à l'IHTP

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