"Jean Lecanuet, un homme neuf"

Affiche électorale de Jean Lecanuet

Élection présidentielle, 1er tour, 5 décembre 1965.

Archives électorales du CEVIPOF, EL 33, pièce 67, tous droits réservés.

 

 

 
Cette affiche, issue des archives électorales du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), fait partie d’un ensemble de matériel électoral de Jean Lecanuet, candidat à la première élection présidentielle de la Ve République au suffrage universel direct. Charles de Gaulle a en effet été élu président de la République en 1958 par un collège de grands électeurs. Le premier tour a lieu le 5 décembre 1965.
 
Ces documents sont disponibles en ligne (https://archive.org/details/archiveselectoralesducevipof) parmi 40.000 pièces (professions de foi, bulletins de vote, tracts et objets) sur la présidentielle et les législatives de la Ve République, numérisées dans le cadre du projet Archelec, en partenariat entre le CEVIPOF et la bibliothèque de Sciences Po et financé par la Bibliothèque scientifique numérique puis par Collex-Persée. Vingt documents concernent Lecanuet, dont quatorze à propos de la présidentielle de 1965.
 
S’il est aujourd’hui relativement tombé dans l’oubli, Jean Lecanuet est alors un homme jeune de 45 ans, de centre droit, qui se présente sous la bannière du Mouvement républicain populaire (MRP) qu’il préside depuis 1963, et comme un candidat moderne. Charismatique, il utilise la télévision et les sondages d’opinion durant sa campagne. Il est en lice le 5 décembre 1965 avec les deux candidats qui seront présents au second tour, le 12 décembre 1965, le général de Gaulle alors au pouvoir et François Mitterrand (Conventions des institutions républicaines) qui incarne l’opposition de gauche, mais aussi Marcel Barbu (divers gauche), Pierre Marcilhacy (Parti libéral européen) et Jean-Louis Tixier-Vignancour (Comités Tixier-Vignancour). Lecanuet annonce sa candidature assez tardivement, le 19 octobre 1965, soit le dernier avant le général de Gaulle, largement favori.
 
L’affiche se présente sous la forme d’une longue banderole de 116 cm sur 38 cm. Le prénom et le nom du candidat apparaissent en majuscules sur toute la longueur de la bande, en grands caractères, utilisant une police linéale très sobre, et en jaune – alors que l’orange est privilégié pour une autre affiche et un tract. Cette indication est encadrée, au-dessus et en-dessous, par deux mentions, l’une courte, « demain », au-dessus, et l’autre, plus longue : « un homme neuf… une France en marche » sous son identité. Ces expressions sont en blanc, dans une police scripte, penchée vers la droite, vers le futur car l’écriture en caractères latins se trace de gauche à droite. Les choix typographiques indiquent la volonté que l’affiche soit facile à lire dans l’espace public. Il n’y a ni photographie, ni indication de parti. Tout repose sur le nom du candidat. Le contenu est sobre et percutant et insiste sur l’avenir : « demain » et la nouveauté avec l’adjectif « neuf ». Ses opposants lui rétorquent qu’il n’est pas un homme neuf puisqu’il est sénateur de la Seine-Maritime, président du MRP et ancien membre de cabinets MRP, mais il est peu connu du grand public et en joue.
 
La « France en marche » peut être rapprochée du choix d’Emmanuel Macron, encore plus jeune, pour le nom de son mouvement, En Marche !, qui reprend ses initiales, fondé le 6 avril 2016 dans l’optique de la présidentielle de 2017 et qui devient La République en marche (LREM) le 8 mai 2017, au lendemain de son élection. Jean Lecanuet, qui a connu une forte progression dans les sondages, passant de 5 % d’intentions de vote à 20 % de fin octobre à début décembre (IFOP), n’est pas élu ni même présent au second tour, mais il a obtenu 15,6 % des voix contre 44,6 % pour de Gaulle et 31,7 % pour Mitterrand. Le chef de l’Etat est donc mis en ballottage, même s’il gagne l’élection avec 55,2 % des suffrages exprimés.
 

Odile Gaultier-Voituriez

Docteur en histoire, enseignante à Sciences Po

Responsable de la coordination archivistique et documentaire du CEVIPOF et du CHSP, Sciences Po.