Le 1er Mai 1987
 

"1er Mai, Muguet"

89 Fi/855. Droits réservés - Coll. Archives du PCF/AD93

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Les affiches éditées par les organisations ouvrières ont deux fonctions majeures : faire connaître une initiative (meeting, manifestation, fête) pour inviter qui les regarde à s’y joindre ou s’inscrire dans le cadre d’une campagne, électorale ou qui leur est spécifique (pour la paix, le programme commun…). Celles que le PCF ou ses fédérations éditent à l’occasion du Premier mai ont pour spécificité de s’inscrire dans le cadre d’une journée récurrente dont Eric Hobsbawm rappelait qu’elle « ne commémore rien pour ne parler que du futur »,devenue par ailleurs en France,depuis 1906, l’expression du mouvement syndical.

Contrairement a une idée souvent émise les organisations ouvrières d’avant 1914 et de l’entre deux guerres arboraient fréquemment de concert « le blanc muguet » et « la rouge églantine ».C’est le recul des haies, là où la cueillette du muguet demeurait plus aisée, qui, plus que le régime de Vichy, répond de l’hégémonie devenue sienne.

Sa vente sauvage, autorisée le 1er mai, était avant guerre le fait de démunis dont des mutilés de guerre. Le PCF s’y était essayé au profit de l’Espagne républicaine. Au lendemain de la guerre, il systématise cette pratique dans le cadre de ses souscriptions nationales. L’invention de cette tradition vaut à la fleur de faire irruption dans ses affiches après quelques années. Sa présence, exceptionnelle dans les affiches syndicales hormis cette dernière décennie devient quasi systématique à partir des années 1970. Sans que ces affiches ne constituent des séries graphiques homogènes.

L’affiche ici présente juxtapose des éléments graphiques et photographiques sans souci d’intégration chromatique ou esthétique. Elle est dépourvue de toute date ou signature (hormis la mention de l'imprimeur). Le slogan « justice, paix, liberté » accompagné du logotype qu’on retrouve à l’identique dans les affiches d'André Lajoinie en vue de l’élection présidentielle permet toutefois de la dater sans ambiguïté de 1988.

Le graphiste nomme le muguet et le stylise par la couleur. La photographie fait comprendre que la fleur qui n’est pas un symbole stricto sensu a vocation à être vendue. L’arrière plan laissant deviner une halle et un pavillon évoque une banlieue populaire que la jeune femme devant son étal rend souriante. La dimension politique transparait dans la partie supérieure d’une affiche (sans doute de l’année passée) où la photo d’un brin de muguet, est surmontée de « sortir de la crise, construire l’avenir » et de« brin d’espoir », jolie formule révélant involontairement la fragilité de l’arme.... Cette photographie donne à entendre la fonction de cette affiche et de celles de même nature. Ces affiches diffèrent de tant d’autres en ce qu’elles ne sont pas principalement destinées à être apposées sur un mur, quel qu’il soit. Le message qu’elle délivre (contribuer à la souscription nationale) ne s’affirme que dans sa proximité avec cet étal dont elle épouse les dimensions, en donnant par là sens à la fleur.
 

Danielle Tartakowsky

Professeure d'Histoire contemporaine, Université Paris 8