"Le programme commun"

"La France a un Programme Commun de Gouvernement"

89Fi/1071 Droits réservés - Coll.Archives du PCF/AD93

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Georges Pompidou, président de la République, décède le 2 avril 1974. Deux jours plus tard, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, annonce devant le comité central du Parti qu’« il est évident que l’on ne peut envisager aujourd’hui l’élection d’un communiste à la présidence de la République » mais qu’une candidature commune à gauche est possible, en la personne de François Mitterrand. Le 8 avril, un congrès extraordinaire du PS désigne ce dernier pour être le candidat du PS et de l’Union de la gauche. Le même jour, G. Marchais met certes en garde contre l’attitude « opportuniste » du candidat socialiste mais se félicite de cette candidature, considérant selon lui qu’elle se fait sur « la base du Programme commun ». Mais les directions communiste et socialiste n’accordent pas au cours de la campagne présidentielle la même importance à ce programme de gouvernement, signé le 12 juillet 1972 entre le PCF, le PS et le MRG. Dans la profession de foi envoyée aux électeurs1, François Mitterrand ne s’engage que sur des « options fondamentales » du Programme commun. Le PCF qui contrairement à 1969 ne présente pas son propre candidat, décide de mettre ses militants au service d’une « vaste campagne unitaire »2, en faveur du candidat de l’Union de la gauche mais aussi du Programme commun qu’il a souhaité dès 1964.
 
L’affiche proposée illustre ce double objectif. L’écriture en rouge du slogan central « La France a un Programme Commun de Gouvernement », sur un fond bleu et blanc occupe les deux tiers de l’image, reprenant les trois couleurs tricolores. L’évocation du Programme commun est centrale. Cela suggère que la France se serait déjà appropriée le programme de l’Union de la gauche - ce qui n’a pourtant pas été le cas un an auparavant avec la victoire de la droite aux législatives - et qu’il ne lui reste donc plus qu’à voter pour François Mitterrand, un vote qui ne ferait que découler de l’adoption du Programme commun. Le paysage proposé en arrière plan est neutre. Il ne s’agit ni d’un village ni d’une ville. Tout au plus cela suggère-t-il un horizon. La photographie sert d’habillage, sans aucune prétention de proposer une vision de la France, ce que fera au contraire François Mitterrand en 1981 avec la photographie d’un village et son clocher, l’image de la force tranquille, d’une France éternelle. Pour le PCF, cette neutralité permet de ne pas brouiller l’essentiel du message porté par le texte central.
 
Si toutes les affiches communistes pour cette campagne présidentielle appellent à voter François Mitterrand sur la base du programme signé en 1972, a contrario aucune affiche imprimée par le PS ne fait référence à ce texte. Ce n’est pas une priorité pour l’équipe de campagne de François Mitterrand réunie autour de Michel Rocard et Jacques Attali à la tour Montparnasse.
 
Cette affiche, imprimée par le PCF et collée par ses militants, montre les efforts réalisés par le PCF pour mener campagne en faveur d’un candidat socialiste tout en donnant un coloration communiste à cette candidature, ce qui passe par la mise en avant du programme de gouvernement signé en 1972. Cette affiche atteste que l’élection présidentielle de 1974 s’inscrit dans un moment politique marqué par l’importance du Programme commun.

 

Christophe Batardy

Docteur en Histoire contemporaine, ingénieur CNRS, chercheur associé ARENES

 

 
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