"Le Parti de la renaissance française"

1945 : « le Parti de la Renaissance française »

89Fi/17 - Droits réservés - Coll. Archives du PCF/AD93

 

Au début de 1945, le PCF a retrouvé sa place dans le paysage politique national. Il est « le parti des fusillés » et il participe au gouvernement de la France. Ses effectifs ont explosé : 60 000 adhérents recensés à l’été 1944, entre 240 et 370 000 à la fin de l’année. Si le dernier chiffre est retenu, le PCF du début de 1945 a dépassé largement le niveau de 1937, le plus élevé de l’avant-guerre.
 
Quand les communistes se préparent à lancer leur campagne annuelle d’adhésion, en 1945, la France est libérée, mais toujours en guerre. Le mot d’ordre central s’est toutefois déplacé. Entre février 1943 et l’été 1944, il fallait « S’unir, s’armer, se battre » ; en janvier 1945, il s’agit de « S’unir, combattre, travailler ». Le temps, désormais, est à la « Reconstruction » et à la « Renaissance française ». Alors que le conflit n’est pas achevé, la France n’a pas encore retrouvé officiellement son rang d’avant-guerre : significativement, elle ne fait pas partie des grandes conférences qui, entre 1943 et 1945, décident des grandes lignes de la victoire et du monde d’après-guerre.
 
Le PCF de 1945 se veut parti de gouvernement et parti national. Au cœur de l’argumentaire justifiant l’adhésion, se trouvent donc la « France forte » qu’il convient de « reforger » et la « Renaissance française » qui la rendra possible. Mais pour le « Parti de la classe ouvrière », la clé du tout n’est pas d’abord dans l’évocation de l’État fort ou de la puissance militaire : elle est dans « l’énergie de son peuple ».
 
L’affiche de 1945 condense tout cela en une image. Sur un fond tricolore, où le rouge et le bleu dominent de façon équilibrée, une main solide tenant un marteau de forge écrase sur une enclume « l’ennemi principal » du moment, le triptyque de « l’inertie », du « sabotage » et de la « trahison ». Le Parti communiste est un vrai parti national, parce qu’il n’oublie pas qu’il faut encore gagner la guerre et que, pour cela, il faut des ouvriers qui travaillent et d’abord dans la métallurgie où se fondent et se façonnent les armes de la victoire.
 
L’affiche de 1945 joue parfaitement sur le grand rythme ternaire  : le bleu, le blanc, le rouge ; la France forte, l’ouvrier et la renaissance. Et, en subliminal, se trouve le parti, ou plutôt le Parti avec un P majuscule. Conjoncturellement, on oublie certes la faucille, qui figurera sur d’autres images. Mais il reste l’enclume, sur laquelle frappe impitoyablement le marteau. On ne manquera pas d’ajouter alors un autre niveau, encore plus subliminal, celui qui conduit vers d’autres métaphores : l’acier se durcit quand on le frappe et le parti se renforce quand l’ennemi veut le combattre. Au fond, le premier des communistes, Staline, n’est-il pas « l’homme d’acier » ?
 

Roger Martelli

Historien spécialiste du communisme français

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